1. Origine du problème : l'inadéquation entre production et demande
Le pétrole brut est un mélange complexe d'hydrocarbures que l'on sépare par distillation fractionnée en plusieurs coupes (gaz, essence, kérosène, gazole, fioul...). Or la répartition naturelle de ces fractions ne correspond pas à la demande du marché : on obtient trop de fractions lourdes (fioul, bitume) et pas assez de fractions légères comme l'essence, très demandée pour les moteurs. Il faut donc modifier le squelette carboné des molécules, c'est-à-dire transformer leur structure (longueur de chaîne, ramification, cyclisation) par des procédés chimiques industriels : craquage, reformage, isomérisation et polymérisation.
2. Le craquage : rompre les grandes chaînes
Le craquage consiste à rompre les liaisons d'un alcane à longue chaîne pour obtenir des molécules plus courtes et plus demandées. On distingue le craquage thermique (chauffage vers , sans catalyseur) et le craquage catalytique (zéolithes, vers , plus sélectif et économe en énergie). La réaction conserve le nombre d'atomes de carbone et d'hydrogène et produit un alcane plus court et un alcène :
Exemple : .
3. Le reformage catalytique : améliorer sans changer la longueur
Le reformage catalytique transforme des alcanes peu ramifiés à faible indice d'octane en alcanes ramifiés, cyclanes ou hydrocarbures aromatiques, en conservant le même nombre d'atomes de carbone. Il utilise un catalyseur au platine déposé sur alumine (Pt/AlO) vers . Les principales transformations sont la déshydrocyclisation (alcane cyclane ou arène ) et la déshydrogénation des cyclanes en aromatiques. Exemple : (heptane méthylbenzène).
4. L'isomérisation : ramifier sans changer la formule brute
L'isomérisation transforme un alcane à chaîne linéaire en l'un de ses isomères ramifiés, de même formule brute , en présence d'un catalyseur (chlorure d'aluminium ou catalyseur au platine). Cette réaction n'ajoute ni ne retire aucun atome : seule la structure du squelette carboné change. Exemple, le butane devient méthylpropane : .
5. L'indice d'octane : mesurer la qualité d'un carburant
L'indice d'octane mesure la résistance d'une essence au cliquetis (auto-inflammation prématurée dans le moteur). Il est défini sur une échelle où le 2,2,4-triméthylpentane (isooctane, ) a un indice conventionnel de , et le n-heptane un indice de . Plus une chaîne est ramifiée, cyclique ou aromatique, plus son indice d'octane est élevé. Craquage catalytique, reformage et isomérisation permettent tous d'augmenter l'indice d'octane des essences.
6. La polymérisation : assembler pour valoriser les alcènes
La polymérisation assemble un très grand nombre de petites molécules insaturées, les monomères (alcènes issus du craquage), pour former une macromolécule, le polymère. La double liaison s'ouvre et permet l'enchaînement des motifs, sans perte d'atomes. Exemple : (éthène polyéthène). C'est ainsi que sont fabriqués la plupart des plastiques usuels (PE, PP, PVC).
7. La pétrochimie industrielle : une chaîne de transformations
L'industrie pétrochimique articule ces procédés en chaîne : la distillation fractionnée sépare physiquement les coupes, puis le craquage, le reformage et l'isomérisation modifient chimiquement le squelette carboné des molécules pour ajuster la production aux besoins (carburants à haut indice d'octane, monomères pour la polymérisation). Cette chaîne permet de valoriser chaque fraction du pétrole brut avec un minimum de perte, en répondant aux exigences économiques et environnementales du marché.